| saenia | | Lecteur | | 20 messages postés |
| Posté le 09-12-2006 à 16:03:43
| Lenfance dEche Ene Ese. Eche, depuis toujours, courait, sans sarrêter. Elle fuyait tout : la douleur, lamour, les gens, la réalité
elle ne savait pas si cette fuite la menait en avant, ou en arrière, ou même à droite ou à gauche, ou bien encore, vers le haut ou vers le bas. Tout ce quelle savait, ou voulait savoir, cétait quelle ne devait pas sarrêter, sinon tout ce quelle fuyait la rattraperait et la submergerait. Alors elle court. Et elle nous livre son histoire : « Bonjour, je mappelle Eche Ene Ese. Jai quinze ans. Jhabite le trou du cul du monde
«
Ma conception, corps gesticulants sur ce qui devait être un matelas posé à même le sol, fut un accident. Pendant neuf mois, ma mère porta son fardeau cramponné dans son ventre, tout seule, le saligaud layant laissée. Ce dernier qui était un joueur, il faut le préciser- vint la voir expulser la petite chose tout rose et dodue. « Bon, Madame Ene Ese, cest pour le 19 ou pour le 20 ? fit le médecin. « Ce fut pour le 20. À minuit deux, pour être exact. « Mon Dieu, quil est gros ! fut tout ce que ma mère trouva à dire lorsque lon me posa sur son ventre. « Ma grand-mère, en mère et mamie aimante mais complètement dépassée, fit la tournée des bars pour retrouver le géniteur et lenvoyer à la mairie me déclarer. En vain. Elle y alla donc elle-même. « Là, il y eut encore le problème du prénom : Eche nétait pas sur la liste des prénoms autorisés. Ce fut encore un beau bordel ! Je fus dabords appelée Marie. Mais finalement, après beaucoup de tergiversations bureaucratiques, je fus autorisée à mappeler Eche. « Encore une anecdote croustillante : ma mère au bout dun certain temps, en ayant marre de mon père, lui joua un tour
elle fit changer les serrures de lappartement. En voulant rentrer chez lui, il fut bien embêté
enfin, pas tant que ça
il fit tout simplement demi-tour et alla voir ailleurs !... « Ma mère avait rempli un océan. La source ne se tarit que lorsquelle rencontra mon bouffon de beau père. Mais cest là que mes ennuis ont vraiment commencés. En partie à cause de ce salaud, les quatorze années qui suivirent furent un enfer. « Jamais je ne lui ais dit papa
enfin, juste une fois, mais jamais plus depuis, et à personne dautre. « Un jour, alors quil rentrait à lappartement, je mélançai vers lui en criant ce mot qui fut ensuite banni de mon vocabulaire. Lui, resta un instant planté devant moi. Puis, reprenant vie, il mexpliqua que je ne devais pas lappeler comme ça, car il nétait pas mon père. |
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